De la Palestine occupée à la France de Hollande

Manif de soutien à GAZA, été 2014, Paris.

La France impérialiste n’est pas extérieure au conflit en Palestine occupée. Elle n’a jamais été neutre. Elle finance, soutient et arme les meurtriers de l’armée sioniste. A l’étranger, elle mène des guerres en Syrie, au Mali, en Centrafrique … Ses intérêts sont inconciliables avec la liberté des peuples et ici en France, elle mène une guerre déclarée aux nouvelles classes dangereuses et à l’ensemble du monde ouvrier. Elle est sur deux fronts mais avec un seul visage : le visage hideux du capitalisme. Mais les peuples ont montré à maintes reprises que ce sont eux qui font l’histoire. Face à une des plus grande armée du monde soutenue par les puissances impérialistes, Gaza a résisté, Gaza a lutté. Grand foyer historique de la résistance, Gaza s’est maintenue. En France, ce qu’on a nommé communément depuis deux mois « guerre à Gaza » et qui est en réalité l’énième « massacre de Gaza » a été présentée, comme  à l’accoutumée, comme une guerre déclenchée par le Hamas qui ne supporterait pas la présence de l’entité sioniste par fanatisme et antisémitisme. Alors que la nature du conflit reste la même : l’occupation d’un Etat colonial et les conséquences dramatiques pour tout un peuple depuis des décennies. Suite au tumulte politico-médiatique qu’il y a eut en France autour du « danger Hamas », de la montée de l’islamisme et de l’antisémitisme causés par une jeunesse des quartiers populaires qui serait par essence islamiste et antisémite, il semble urgent de remettre les pendules à l’heure en rappelant quelques faits évidents.

Gaza : un massacre de plus et la poursuite de la colonisation

La bande de Gaza qui compte près de 1,7 million d’habitants dont plus de 60% ont moins de 18 ans est un territoire minuscule de 41 km de long et de 6 à 12 de largeur dont les gazaouis ne peuvent pas sortir. En somme, une véritable prison à ciel ouvert dont près d’un tiers de la population vit dans des camps de réfugiés. Plus de la moitié de la population est constituée de réfugiés et de leurs descendants qui ont été chassés de la Palestine historique suite à la colonisation sioniste. Le dernier massacre en date (juillet-août 2014) a causé la mort de plus de 2000 gazaouis et 2000 palestiniens de Cisjordanie et de Gaza ont été arrêtés. Aujourd’hui on compte plus de 7000 les palestiniens emprisonnés dans les prisons sionistes. Les palestiniens arrêtés lors du bombardement à Gaza n’ont actuellement aucun droit. La convention de Genève qui régit les prisonniers de guerre n’est pas appliquée. (cf : Les prisonniers de guerre à Gaza, France Inter).

De plus, le 31 août Netanyahou a annoncé la colonisation de 400 hectares de terres en Cisjordanie, à Gva’ot près de Bethléem. Depuis 2009, le nombre de logement construit pour les colons en Cisjordanie est passé de 1600 à 2200. Le 22 août dernier, Khalida Jarrar, députée FPLP a été sommée de quitter Ramallah par le tribunal militaire sioniste qui l’accuse de « mettre en danger la sécurité de la région ». Cette députée était en charge du dossier des détenus palestiniens en « Israël ». Aujourd’hui c’est près d’une trentaine de membres du parlement palestinien y compris son président qui sont détenus par l’état colon.

L’impérialisme français comme soutien indéfectible à l’Etat colonial

Ces faits rappellent que la colonisation et les massacres se poursuivent en Palestine, ce que les discours de nos politiques en France n’abordent jamais. En effet, à entendre Fabius, ministre des affaires étrangères et Hollande, le soutien de la France à « Israël » qui attaquait Gaza était tout à fait justifié. Reprenant le discours sioniste qui tentait de légitimer l’attaque de Gaza, l’état français PS a été beaucoup plus loin en criminalisant le soutien au peuple palestinien. En effet, soutenir un peuple qui se fait massacrer serait de l’antisémitisme. Le summum a été atteint avec l’interdiction de manifester décrétée par Hollande pour la manif prévue le 18/07.

Diviser et régner : Comment l’Etat PS tente de diaboliser la jeunesse des quartiers populaires

Diviser et semer la méfiance envers la jeunesse de « banlieue ». Diviser et défendre par tous les moyens la « République française » menacée dans ses « valeurs » et en crise. Tel est le credo déjà bien usé du pouvoir actuel. Tel est du moins celui de Manuel Valls, premier ministre de l’Impérialisme français. Le discours de Manuel Valls, lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, dimanche 20 juillet 2014, est un discours de guerre intérieure. Cette commémoration concerne la destruction des Juifs d’Europe et la collaboration active de l’Etat français dans ce crime contre l’humanité. Elle ne concerne a priori ni les banlieues ni le Proche-Orient. Mais pour Manuel Valls la liaison est établie. Lors de son discours, il a dénoncé le « nouvel antisémitisme » qui proviendrait de l’antisionisme et qui animerait les manifestations de solidarité avec Gaza. Or, selon M.Valls, cet antisémitisme newlook est porté par une jeunesse des quartiers populaires « sans repères, sans conscience de l’histoire ». Mais surtout, les manifestations de solidarité avec la Palestine sont caractérisées par le pouvoir socialiste comme l’expression d’un conflit larvé entre musulmans et juifs et comme expression de l’antisémitisme. D’où la conclusion de Valls qui justifie certaines interdictions de manifester : « La France ne laissera pas alimenter l’affrontement entre communautés ». Mais le mot vague de « communauté » ne suffit pas. Valls est un homme précis. Il pointe du doigt. L’ennemi de la République est désigné sans vergogne. Qui est responsable de ce supposé affrontement entre communautés?  C’est la jeunesse des quartiers populaires qui est explicitement et globalement accusée d’antisémitisme. Notons-le, cette jeunesse est considérée comme étrangère au pays : elle « importe le conflit ». Elle importe le fanatisme étranger.  Pour criminaliser la solidarité qui commence à s’exprimer avec Gaza, le premier ministre de l’Impérialisme français joue la carte de la peur et de l’opposition ethnique. Les choses sont claires : la solidarité avec un peuple occupé et martyr et la dénonciation des crimes de guerre par une armée d’occupation ne sont pas des causes politiques dignes. Elles sont l’expression du racisme d’une communauté ou de sa jeunesse. Cela relève d’un immonde conflit ethnique et religieux. Au fond, pour Valls et ses épigones, être solidaire de la Palestine, c’est être un raciste. Et le coupable, c’est la jeunesse, arabe, noire et musulmane de France. Encore une fois et comme toujours. C’est la psychose française.

La  République française à l’heure de la crise mondiale du capitalisme vit la montée du fascisme, comme partout en Europe, une montée centrée sur la dénonciation des immigrés du « Tiers-Monde », de l’Islam, des Roms et autres minorités. Une grande partie de la bourgeoisie française partage la conception du monde du « choc des civilisations ». Dans cette conception, c’est l’Occident en y incluant « Israël » qui doit mener une guerre défensive contre la barbarie de l’Islam menaçant. C’est donc la cohérence des objectifs impérialistes de la France qui est en jeu ainsi que la division du monde ouvrier et populaire. L’orientation de la « politique étrangère » française c’est la lutte contre le terrorisme islamiste avec son prolongement : la lutte contre l’ennemi de l’intérieur qui pourrait nourrir ce terrorisme. C’est une politique qui attise l’ethnicisation de la société. C’est la même orientation que celle des néo-conservateurs américains. Celle qui a ravagé le Moyen-Orient en décuplant les forces de ce qu’on nomme l’Islam radical. Son fondement c’est évidemment non la défense de la démocratie mais celle des intérêts capitalistes. La gestion de la crise capitaliste par les autorités françaises passe par les interventions militaires plus ou moins directes (en Libye, au Mali, en Centrafrique, en Syrie, en Irak). A l’intérieur, la bourgeoisie gère la crise en diabolisant et réprimant les jeunes des quartiers populaires.

Il est essentiel de dénoncer la lecture « choc des civilisations » du monde, imposé par les bourgeoisies impérialistes qui tentent par là de maquiller leurs guerres de rapine ainsi que la montée du fascisme en Europe. L’essentiel des conflits armés contemporains sont nés des politiques impérialistes qui tentent de gérer la crise capitaliste que nous connaissons et qui s’en prennent en premier lieu aux masses populaires d’ici et d’ailleurs. Dénoncer l’impérialisme, ses guerres extérieurs et intérieurs est une nécessité tout comme défendre nos camarades enfermés pour avoir lutté contre ce même impérialisme. C’est le cas de Georges Ibrahim Abdallah, enfermé depuis 30 ans en France, libérable depuis plusieurs années mais maintenu en prison par l’Etat PS car ce militant communiste, pro palestinien a toujours refusé de renier ses engagements. D’ailleurs, lors des différentes manifs en soutien à Georges Abdallah, un militant Alain Pojolat, a été désigné par les autorités comme responsable. Il est aujourd’hui poursuivi et nous appelons à le soutenir.

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Aujourd’hui, le mouvement de solidarité avec la Palestine souffre d’une division et d’un manque de clarté politique. Les organisations, groupes politiques sont divisés entre ceux qui défendent une « paix » entre colonisés et colons et ceux qui défendent le droit à l’autodétermination du peuple palestinien, à la libération nationale et au retour des réfugiés palestiniens. Fédérer le mouvement pro-palestinien autour de conceptions anticolonialiste et anti-impérialiste claires est essentiel : pour la libération du peuple palestinien, condamner franchement le sionisme et la complicité des pays impérialistes dont la France en premier lieu car il s’agit de notre propre impérialisme.

La présence en masse de jeunes issus des quartiers populaires et de l’immigration aux manifestations de cet été n’est pas passée inaperçue aux yeux des politiques qui les ont rapidement dénigré. La démonstration de solidarité de cette jeunesse a été durement réprimée le 19 juillet à Barbès suite à l’interdiction faite par Hollande de manifester. Ce sont plusieurs dizaines de personnes qui ont été interpellés dont plusieurs ont écopé de 3 ans ferme pour « participation à une manifestation interdite et rébellion ». Mais quand est-il de la dissolution de la LDJ ? Cette milice paramilitaire sioniste qui avait créé la polémique cet été suite à des vidéos illustrant leurs actions qui consistent à passer à tabac tout pro-palestinien et plus largement toute personne ayant un faciès magrébin. La LDJ est connu pour ces nombreuses agressions qui ont rarement été condamnées. Le gouvernement qui avait envisagé publiquement la dissolution de ce groupe de nervis n’a jamais donné suite à l’affaire. Par contre, ceux qui ont bravé l’interdiction de manifester à Barbès n’ont pas été oubliés ! La campagne pour exiger la dissolution de la LDJ doit faire partie des préoccupations du mouvement de solidarité avec la Palestine tout comme le soutien avec les réprimés.

Il nous faut un mouvement de solidarité avec la Palestine qui soit organisé et clair sur ses positions politiques : condamnant le sionisme comme une forme de colonialisme, soutenant franchement la résistance palestinienne et dénonçant la complicité de l’Etat français. Au-delà de la question palestinienne, nous avons besoin d’un mouvement anti-impérialiste, en France, qui dénonce et se bat contre les méfaits des politiques impérialistes et qui regroupe tous ceux qui pensent que le capitalisme est un horizon dépassable.

 

VIVE LA RESISTANCE PALESTINIENNE CONTRE L’ETAT COLONIAL !

VIVE LA SOLIDARITE INTERNATIONALE DES PEUPLES !

A BAS L’IMPERIALISME ET LE SIONISME !

 

Comité anti impérialiste, Janvier 2014