La guerre populaire

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La guerre populaire prolongée est une stratégie adoptée par des mouvements communistes dans le monde entier pour mener à bien la révolution. Depuis la défaite de l’insurrection spontanée de la Commune de Paris en 1871, et surtout depuis les années 1930, la stratégie de la guerre populaire prolongée a pris de plus en plus d’importance.  La révolution ne vient pas d’un brusque mécontentement des masses et d’un mouvement insurrectionnel isolé mais au contraire ce mouvement est lui-même intégré dans une stratégie d’ensemble. Dans le contexte de la destruction des pays socialistes par les révisionnistes modernes et d’offensive de la bourgeoisie impérialiste contre les peuples du monde, les révolutionnaires et opprimés du monde entier cherchent une voie pour leur libération. La guerre populaire prolongée est la voie que proposent les maoïstes en faisant le bilan des expériences révolutionnaires passées du XXème siècle. C’est une stratégie dans laquelle les masses populaires organisent elles-mêmes leur propre pouvoir en renversant celui des classes dominantes.
 
Sans le pouvoir, tout n’est qu’illusion
Face à l’oppression partout dans le monde se développe la résistance des masses populaires sous des formes extrêmement variées. Pourtant le capital continue à exercer sa domination. Domination par le biais des guerres explicites lorsque des armées se disputent un territoire pour le pillage des ressources. Domination par des conflits qui taisent leur nom lors qu’ils résident dans l’aliénation de l’être humain, l’esclavage moderne, la paupérisation du prolétariat, le déni des droits sociaux, la mise en concurrence mondialisée des masses… Dépasser le stade des résistances et promouvoir une société sans classes nécessite de contrôler les moyens de production et par conséquent de lutter contre les superstructures qui assurent l’hégémonie du capital. Un tel objectif – la révolution socialiste et la révolution de nouvelle démocratie – nécessite la prise de pouvoir par le par le prolétariat, son parti et ses alliés.
Dès lors que l’on admet le caractère inacceptable d’un système qui ne cherche qu’à s’accroître au détriment des populations qu’il asservit, dès lors que l’on considère qu’un autre monde sans capitalisme est possible, se pose la question du pouvoir. La remise en question de la dictature marchande génère inéluctablement des conflits.
On ne peut pas se débarrasser de l’oppression capitaliste sans violence révolutionnaire. La création de micro-modèles alternatifs au capitalisme, tels que les coopératives, les villages autonomes, l’économie sociale et solidaire ne gêne en rien la capacité de destruction de l’économie mondiale actuelle. Toute menace réelle contre les profits des capitalistes s’accompagne d’une répression brutale, ce qui laisse peu d’espoir de changement à ceux qui ne jurent que par le pacifisme. Évidemment, les forces progressistes aspirent par définition à un monde plus juste et non à la violence. Mais, c’est l’oppression qui détermine les formes de la lutte.

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Les principes de la guerre populaire prolongée
L’une de ces formes, la guerre populaire prolongée, est un apport de Mao Zedong au prolétariat international, une stratégie actuellement adoptée par des mouvements à la pointe de la révolution comme en Inde ou aux Philippines. Une stratégie qui a guidé ou inspiré les grands mouvements de libération nationale des pays dominés par l’impérialisme (en Chine, au Vietnam, en Algérie, en Palestine).
Cette stratégie a été exposée en mai 1938 en Chine dans le texte « De la guerre prolongée ». Ce texte portait en premier lieu sur une situation spécifique : la guerre de Résistance face au fascisme japonais. Pourtant, l’expérience a révélé que ce texte et ses développements ultérieurs apportent des enseignements universels pour toutes les luttes menées par les pays semi-coloniaux et semi-feodaux contre les grandes puissances impérialistes et en général par les masses populaires contre un oppresseur apparemment plus puissant.
Les impérialistes notamment français et américains étudient dans leurs académies militaires cette conception pour mieux essayer de  la combattre (Cf. le documentaire de M. M. Robin « Escadrons de la mort : l’école française  »)
La valeur universelle de la pensée de Mao Zedong pour les révolutions a été affirmée au cours de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne (1966-1976) mais c’est le PCP (Parti Communiste du Pérou) du Président Gonzalo qui a précisé que la guerre populaire prolongée était un apport universel issu de l’expérience chinoise (Cf. Interview du Président Gonzalo publié en 1988)
Quels sont les principes de la guerre populaire prolongée ?
Tout d’abord, Mao Zedong explique pourquoi la stratégie militaire du peuple chinois opprimé est dite « prolongée » :
« La longue durée de la guerre ne découle ni en théorie ni en pratique de cette seule circonstance que le faible s’oppose au fort. Elle ne découle pas non plus que l’un des pays est grand et l’autre petit, que l’un est progressiste et l’autre rétrograde, ou que l’un bénéficie d’un large soutien international et l’autre non » (Œuvres Choisies, TIII, p.141).
Le caractère prolongé vient selon Mao Zedong de l’action réciproque « des particularités de l’ennemi et de notre camp » et de la relativité des forces et des faiblesses qui peuvent s’inverser par la création de bases d’appui, par la guerre de mouvement puis la guerre de partisans.
« la situation ne cesse de se modifier. Si nous savons appliquer une tactique militaire et politique correcte au cours des différentes phases de la guerre, sans commettre d’erreurs de principes, et si nous déployons au mieux tous nos efforts, les facteurs avantageux pour nous et défavorables pour l’ennemi se renforceront au fur et à mesure que durera la guerre et continueront à modifier la situation donnée au départ » (O.C, T.III, p.143)
La guerre populaire prolongée ne fait pas que changer le rapport de forces entre les forts et les faibles. Elle fait partie des guerres révolutionnaires menées pour un monde débarrassé du capitalisme et donc pour que s’instaure une paix perpétuelle. Comme la lutte des classes a pour finalité la suppression des sociétés de classes, la guerre populaire prolongée a pour finalité la fin des guerres injustes multiséculaires, des guerres amplifiées à l’époque de l’impérialisme.
Dans les conditions concrètes de la Chine semi-féodale la guerre populaire prolongée a signifié que les forces sociales principales étaient les paysans qui organisent un pouvoir rouge à la campagne, ce fut  aussi l’encerclement de la ville à partir des campagnes, la création de zones libérées. Il est évident que toutes ces formes qui ont fait la force de la révolution chinoise ne sont pas nécessairement applicables dans tous les pays. Pourtant, deux éléments combinés dans la guerre populaire sont indispensables à tout changement révolutionnaire. La question du regroupement des forces révolutionnaires autour d’un parti et sa préparation de la question de la guerre civile contre les classes dominantes sont toujours les questions clés de la révolution.
 
Ayant pour but d’amener la libération nationale et le socialisme, la guerre populaire prolongée suppose que les forces armées révolutionnaires soient, comme son nom l’indique, une composante du peuple. Elle se différencie d’un simple renversement de régime, non seulement d’un point de vue quantitatif, par le nombre impliqué dans le changement des structures économiques, sociales et politiques, mais également par sa nature. Lors de la guerre elle-même sont redistribuées les richesses, le prolétariat devient la classe dirigeante et le fer de lance de la révolution.
En raison des divergences sociales, historiques et géographiques, la guerre populaire n’adopte pas la même forme partout. En revanche, ses grandes lignes, l’articulation entre le parti, l’armée et les masses, sont universelles et peuvent s’adapter à une grande diversité de contextes économiques et politiques. Les modalités tactiques dépendent des particularités de chaque pays : taille du territoire, densité de la population, proportion de la ruralité, etc. Il existe cependant trois grandes étapes générales structurant toute guerre populaire : la défense stratégique, lors de laquelle se déclenche les hostilités impérialistes et se forme la résistance des masses, la phase d’équilibre stratégique, lorsque les forces s’équilibrent, que la guerre de position devient possible, que le parti consolide ses forces, qu’il sollicite l’aide internationale des peuples et se prépare à la dernière étape, l’offensive stratégique qui permet la prise du pouvoir et la révolution de nouvelle démocratie puis la dictature du prolétariat, la socialisation des moyens de production et la construction du communisme. Le parti permet de définir les fondements idéologiques et le programme afin de structurer la guerre populaire, de diriger l’armée et de se battre pour les exigences du peuple.
Soutenir les guerres populaires
Les guerres populaires prolongées se sont construites dans des pays semi-coloniaux ou coloniaux. Les dernières expériences importantes et les dernières avancées du mouvement communiste sont celles des guerres populaires menées depuis 1980. Tout révolutionnaire doit examiner les raisons de leurs échecs comme de leurs avancées. Au Pérou, la guerre lancée par le Parti Communiste du Pérou en 1980 a connu un ralentissement avec l’arrestation du président Gonzalo et de plusieurs cadres depuis 1992. Auparavant, 1/3 du territoire était libéré et le Nouveau Pouvoir s’organisait dans les campagnes. Au Népal, la guerre populaire a permis de renverser la monarchie, d’organiser des centaines de milliers de népalais et de poser la question cruciale des inégalités dans le pays. Néanmoins, le processus révolutionnaire est bloqué par l’abandon de la lutte armée et par la trahison de plus en plus ouverte de Prachanda. Aux Philippines, la Nouvelle Armée du Peuple, issue de la ligne anti-révisionniste des années 1960, est présente sur plus de 800 cantons sur 1200. Alors que le pays atteint des records de pauvreté, les organisations de masses mettent en place des formes de gouvernements populaires, construisent des écoles gratuites et des centres de soins, améliorent leur subsistance par l’organisation de la production. En Inde, le PCI maoïste mène une lutte depuis plus de trente ans. Ces dernières années, la guerre populaire a été déclenchée et doit faire face au plan de contre-insurrection « Green Hunt ». Le mouvement maoïste en Inde est présent sur plus d’un tiers du territoire et contribue à l’émancipation des paysans pauvres et sans terre, des populations tribales (Adivasis), des basses castes (Dalits), des femmes et autres exploités du pays.
Parce qu’elle est menée par le peuple (le peuple étant l’ensemble des classes qui ont intérêt à la révolution), la guerre populaire prolongée s’accompagne de progrès sociaux véritablement démocratiques : redistribution des terres, fin des discriminations fondées sur le sexe ou la religion, autodéterminations des peuples, disparition de l’usure, accès universel à l’éducation et aux services de soins, etc. Les guerres populaires de par le monde laissent voir un maoïsme bien différent des manuels d’histoire, un mouvement porteur d’émancipation et d’égalité réelle.
La révolution ne se construit pas dans le monde entier au même moment mais il s’agit pour les prolétaires d’un seul et même combat. Le maintien et l’essor d’une lutte héroïque contre l’oppression capitaliste redonne espoir au genre humain de voir triompher une société enfin délivrée des « eaux glacées du calcul égoïste ». La solidarité internationale passe non seulement par le soutien idéologique et l’aide matérielle aux guerres populaires mais aussi par la lutte contre son propre impérialisme. Le capitalisme défend ses intérêts par-delà les frontières, la lutte ne doit pas être moins encline à les franchir.
Aux haines inter-étatiques et inter-ethniques qu’attisent les intérêts des bourgeoisies impérialistes et de leurs clients compradores, répondons par une solidarité internationaliste des peuples. A la mise en concurrence systématique des travailleurs, opposons la solidarité d’un prolétariat conscient de sa communauté de destin. Au pessimisme qu’engendre le défaitisme ou la fascisation des uns, rétorquons par l’optimisme des avancées héroïques des révolutionnaires. Que le combat se mène ici où là-bas, il porte le flambeau de la révolution, la première flèche dans le talon du capital.

VIVE LES PEUPLES EN LUTTE POUR LEUR ÉMANCIPATION !

SOUTENONS LES GUERRES POPULAIRES PARTOUT OU ELLES SE TROUVENT !

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