La seconde mort de Zyed Benna et de Bouna Traoré

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Zyed Benna et  Bouna Traoré sont morts le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois suite à une poursuite policière. La dernière phase du procès les concernant va connaître son épilogue ce lundi 18 mai 2015. L’avocat général qui représente le Ministère de la Justice défend la version policière. Il a demandé le « non-lieu » et donc la relaxe des deux policiers (Sebastien Gaillemin et Stéphanie Klein). Les dés sont pipés. Les policiers sont poursuivis simplement pour « non assistance à personne en danger » et non pour l’accusation criminelle plus directe de « mise en danger volontaire de la vie d’autrui ». Et pourtant, la mort de Zyed Benna et de Bouna Traoré, comme toute personne de bonne foi peut le savoir, n’était pas accidentelle. Celle de Moushin Sehhouli et de Laramy Samoura à Villiers le Bel en 2007 non plus. Comme d’ailleurs les 95 cas similaires de crimes commis par la police française ces 10 dernières années.

 

En France le procès des violences et des crimes policiers n’a pas lieu et n’aura pas lieu dans les institutions actuelles. L’impunité règne pour les « gardiens de l’ordre ». En fait, les révoltes contre les violences d’Etat mènent d’un côté à des mois et des années de prison pour les révoltés et d’un autre côté à des relaxes, à des « non-lieux », des mutations et au maximun à des blâmes pour ceux qui tuent en uniforme.

 

La police républicaine tue en France. Certes, elle ne tire plus sur les cortèges ouvriers comme au XIXème et au XXème siècle, mais elle tue dans les quartiers populaires. D’ailleurs, sur cette question c’est la grande régression. Il y a dix ans on s’interrogeait au moins sur le rapport jeunes-police après trois semaines d’Etat d’urgence. Aujourd’hui, la France « post-Charlie » applaudit les flics et les CRS, exige un quadrillage sécuritaire et communie dans son incompréhension, sa peur et sa haine de « ceux d’en bas ». Le premier ministre parle « d’ennemis de l’intérieur dans nos quartiers ». L’air du temps est à la répression généralisée sous couverture républicaine.

 

Alors, dans le meilleur de cas, on détourne le regard. Quand on parle en France de violences policières, on dénonce les « cow-boys » américains, les policiers flingueurs qui sévissent aux Etats-Unis, de Ferguson à Baltimore. Jamais les « cow-boys » de la BAC et autres « îlotiers ». L’évidence qu’il s’agit de nier dans la République française c’est que malgré une histoire et une « culture des armes » certes spécifique, le cas américain n’est pas exceptionnel. Des deux côtés de l’Atlantique, on retrouve pourtant une situation commune : un harcèlement policier sur les plus démunis, une chasse aux minorités raciales défavorisées et un pouvoir politique et judiciaire qui couvre les exactions.

 

Les révoltes ne viennent pas de l’irrationalité des « zones sensibles » et d’une mentalité antiflics gratuite. Les raisons des révoltes passées et à venir sont profondes. Le pouvoir d’Etat et la classe bourgeoise qu’il représente le sait pertinemment et s’y prépare en militarisant sa police. Un institut officiel comme l’Observatoire des zones sensibles évoque dans son rapport de 2013, 45% de chômage pour les jeunes de 16 à 25 ans dans les quartiers « sensibles ». Toutes les enquêtes sur le fameux « contrôle au faciès » montrent que l’on contrôle les gens non sur ce qu’ils font mais sur ce qu’ils sont. La conclusion s’impose : les territoires et les couches des classes populaires qui subissent frontalement la violence policière sont les mêmes que ceux qui vivent l’apartheid social. Un monde inégalitaire produit une police d’oppression. Ces deux questions sont intimement liées. C’est sur ces deux fronts qu’il faut lutter.