La solidarité avec la Palestine comme combat contre le colonialisme sioniste

Enfant-drapeau-Palestine

« Je vous combattrai à la manière des enfants de Palestine en Cisjordanie, à Gaza et en tout lieu, avec les pierres, avec les plumes et les fusils et avec mes ongles si l’on me confisque toutes les autres armes »

Naji Al Ali, caricaturiste palestinien

 

Soutenir la lutte du peuple palestinien, sous ses différentes formes y compris armée,  le droit au retour des réfugiés et la constitution d’un état démocratique sur toute la Palestine historique est un axe central pour notre comité. Un peuple spolié de sa souveraineté, de ses terres et de sa dignité doit être au cœur des préoccupations de tout anti-impérialiste. Le sionisme, idéologie colonialiste et raciste, doit être condamné et combattu de manière entière car il n’existe pas de colonialisme à visage humain ou légitime. A toute colonisation, qui implique intrinsèquement la négation de la souveraineté d’un peuple,  la seule solution juste est la libération nationale et sociale par le biais de la révolution de nouvelle démocratie. Pour finir,  en tant qu’anti-impérialiste nous avons la responsabilité de participer au mouvement de solidarité avec la Palestine Nous devons pour renforcer ce mouvement nous interroger. : sur quelles bases et sur quels axes constituer un mouvement de solidarité avec la Palestine ?

 

  1. Le sionisme : une création de l’impérialisme

Le sionisme est l’idéologie et le projet colonial d’ « Israël ».  En tant qu’idéologie il a ses particularités qu’il faut rappeler. L’idée que la terre de Palestine n’appartient pas à ses habitants historiques s’impose, car les habitants seraient jugés « barbares », incapables de mettre en valeur la terre. Il y a aussi l’idée de donner « cette terre sans peuple pour un peuple sans terre », ce qui signifie que le sionisme se présente comme un mouvement national avec comme point de départ la négation de l’existence d’un peuple palestinien. Enfin, les justifications qui sont soit théologique du « peuple élu » ayant des privilèges et un destin unique et supérieur ; soit historique en réparation de l’Holocauste. Sa première caractéristique est d’être une question territoriale liée à un colonialisme de peuplement. La seconde est d’être le premier valet de l’impérialisme dans la région.

Le sionisme est né à l’époque impérialiste, à une époque de partage du monde entre quelques grandes puissances capitalistes. Il est une des facettes du cube de l’impérialisme. Il s’agit d’un mouvement expansionniste colonial basé sur une théorie raciste.  Il suffit de lire le maitre à penser du sionisme : Théodor Herzl pour le comprendre. Le développement du projet sioniste s’est réalisé sous le mandat britannique. En 1917, le ministre Lord Balfour promet aux sionistes la création d’un « foyer national juif » en Palestine et s’engage pour cela à favoriser l’implantation et l’achat de terres. En échange, des banques comme celles de Rothschild versent des fonds à un empire en pleine crise financière. Progressivement des colonies s’implantent et tout à tour les puissances impérialistes soutiendront la naissance du foyer sioniste principalement pour deux raisons. D’abord, pour une raison économique : le contrôle des ressources locales. Ensuite, d’un point de vue géostratégique parce qu’avoir un état satellite de l’impérialisme est central pour asservir la région.  Depuis sa création, on ne compte plus le nombre d’exemples illustrant son rôle de supplétif de l’impérialisme.

  1. Le mouvement de libération national

L’histoire du mouvement de résistance palestinien est longue et prestigieuse. Depuis la grande révolte du 30 mars 1936 dirigée par Ezzedine El Kassem contre l’occupant britannique et le flot de colons juifs européens qui venait occuper sa terre, les palestiniens se sont toujours battus pour recouvrir leur droits historiques sur toute la Palestine, impliquant la question centrale du droit au retour des réfugiés palestiniens.  Le mouvement national de lutte palestinien s’est structuré et organisé dans les années 60 et a connu son apogée avec l’OLP (alliance du FPLP marxiste, du FDLP marxiste  et du Fatah nationaliste). La charte de l’Organisation pour la Libération de la Palestine de 1968 établit l’objectif fixé : Libérer toute la Palestine pour constituer un Etat démocratique, multiconfessionnel et multiethnique. Ce projet a été héroïquement défendu par des figures comme Georges Habache, Leila Khaled ou Yasser Arafat. La direction de l’OLP a fini par abandonner la charte pour la remplacer par un projet illusoire en reconnaissant l’Etat colon et en abandonnant la lutte politique et militaire. ( cf : les accords d’Oslo, 1993). Ces accords que l’on présente comme étant ceux de la paix entre israéliens et palestiniens ont creusé le tombeau de la lutte palestinienne puisque depuis la résistance a été démobilisée, le sort des palestiniens ne cesse de s’aggraver (poursuite de la colonisation, autorité palestinienne à la botte des sionistes, répression et humiliation constantes).  Toutefois, il serait idéaliste et pessimiste de croire que l’histoire de la résistance palestinienne s’arrête là. En dehors des structures politiques, la résistance palestinienne est réapparue à travers les Intifadas  « guerre des pierres » (1987, 2000) puis à Gaza en 2006, 2010 et 2013. De plus, actuellement des militants progressistes ou révolutionnaires tentent de reconstruire un mouvement de résistance contre l’occupant et son valet : l’autorité palestinienne.

Georges Habache, dirigeant historique du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine)

Georges Habache, dirigeant historique du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine)

  • Comprendre la situation en Palestine : toute question de lutte de libération nationale passe par une question de classe

La direction de l’OLP, la bourgeoisie palestinienne, notamment par la voix du Fatah, a capitulé en acceptant le « processus de paix ».  C’est la paix pour le capital pas pour le peuple qui a été décidé.  Depuis 1993 (accords d’Oslo) la guerre de conquête coloniale s’est poursuivie sous trois formes : accaparement des terres par les colons, expropriations dans le territoire de 1948 et mainmise totale sur l’économie palestinienne. L’OLP et l’autorité palestinienne sont dirigées par la bourgeoisie bureaucratique. Son assise économique provient des taxes sur les travailleurs palestiniens et des dons internationaux. Le capitalisme local est le sous-traitant de l’économie sioniste, à cela s’ajoute le capitalisme financier palestinien du Golfe.  La bourgeoisie palestinienne n’a aucune base sociale dans la production industrielle ou l’agriculture locale. Elle dépend entièrement du capitalisme international : c’est pour cela que nous la nommons compradore*(1). En tournant le dos au programme de libération nationale, les dirigeants se sont détachés des masses et on acceptait la « normalisation »  des rapports avec l’état colon. Dans le cadre d’un front pour la lutte de libération nationale, il ne faut pas mettre de côté la question de classe comme le démontre le cas palestinien. La lutte de libération nationale doit être aussi une lutte de libération sociale c’est-à-dire pour le socialisme : c’est ce que nous nommons la révolution de nouvelle-démocratie. Les forces progressistes et révolutionnaires en Palestine sont actuellement en état de faiblesse, nous ne nous  leurrons pas. Leur reconstruction est une nécessité.

  1. Le mouvement de solidarité en France

Le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien est important en France. En effet, à chaque nouvelle attaque d’envergure de l’état colon plusieurs milliers de personnes descendent dans la rue manifester leur indignation. Nombre de délégations ont été en Palestine, les meetings, les manifs et les campagnes de boycott sont fréquentes. Ce constat est un premier élément positif qui nous montre qu’un mouvement de solidarité fort peut se constituer en France.

* (1) La bourgeoisie compradore est une partie de la bourgeoise  d’un pays semi colonial-semi féodal qui s’enrichit des liens tissés avec les métropoles impérialistes. Pour la Palestine, il s’agit par exemple de l’argent versé par l’Union européenne ou des ONG en échange de l’acceptation de la « normalisation » des rapports coloniaux.

  Seulement nous devons chercher les raisons qui font que ce mouvement reste trop disparate, inaudible à l’échelle national et en deçà de l’énergie investi. Nous pensons que la confusion sur l’analyse et les positions  politiques sont le point de départ et le talon d’Achille du mouvement. Loin d’être secondaire clarifier les choses notamment avec la confusion politique actuelle est obligatoire. Sinon nous ne menons pas de bataille sérieuse. Sans fondements solides la maison s’écroulera aussitôt. Nos actions doivent  découler de l’analyse que nous tirons d’une situation et pas l’inverse.

 Voici nos propositions pour le renforcement du mouvement de solidarité :

  • Affirmer un soutien à la lutte palestinienne, sous toutes ses formes et condamner fermement le sionisme est le point de départ car ce mot d’ordre résulte du constat qu’il y a colonialisme et que celui-ci est à combattre, par essence. Sinon nous considérons qu’un colonialisme « doux » peut exister. En acceptant cela on nie d’emblée le droit des palestiniens à leur souveraineté.
  • Ensuite, nous pensons que la campagne de solidarité en France doit accorder une place de premier plan à la dénonciation de notre propre impérialisme dans ce que vivent les palestiniens. Comme nous le mentionnons plus haut, l’état colon ne peut être analysé correctement sans le lier à l’impérialisme. Notre propre impérialisme est un soutien primordial à l’état colon et nous le voyons aussi bien dans le soutien économique que politique apportés. De plus, ce soutien se voit également dans le discours criminalisant le mouvement de solidarité à la Palestine. L’engagement des jeunes issus de l’immigration au coté des palestiniens est traduit par le pouvoir PS comme résultant du communautarisme arabe et de l’antisémitisme. Ce discours qui tente de délégitimer la solidarité s’appuie sur une vision éthniciste des conflits où le musulman arabe barbare s’engagerait en politique qu’à partir de motivations obscurantistes. Ce discours raciste émanant des conceptions racistes françaises du XIXe est toujours d’actualité et est à démonter si l’on veut avancer*(2). L’Etat français illustre son soutien également par le biais de lois et mesures interdisant la solidarité avec la Palestine en France, rendant par exemple la campagne de boycott illégale ou le soutien à la résistance palestinienne.
  • Créer la solidarité avec ceux qui subissent la répression à la suite d’initiatives sur la Palestine : assurer la solidarité financière et politique de ceux qui sont réprimés (suite aux manifs à Barbès de cet été, aux campagnes de Boycott…) est crucial notamment avec les mesures et lois permettant leurs condamnations.
  • Mener campagne pour arracher Georges Ibrahim Abdallah de prison. Enfermé depuis plus de 30 ans, ce militant communiste, libanais pro palestinien, qui est le plus vieux prisonnier politique d’Europe, est maintenu en prison pour la nature et la persistance de ses engagements communiste et pro palestinien.
  • Mener campagne pour la dissolution des ligues fascistes LDJ/BETAR. Ces milices paramilitaires agissent en toute impunité en France, sous la protection des autorités. Refuser et combattre les agissements de ces nervis qui tentent par l’intimidation de bâillonner notre solidarité est inadmissible.

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*(2) A ce sujet les discours du pouvoir PS à travers Hollande et Valls de cet été sont éloquents. En plus du sempiternel chantage à l’antisémitisme, les manifestations de soutien à Gaza ont été interdites et une répression a touché de nombreux jeunes qui ont subi des condamnations allant jusqu’à la prison ferme dans l’indifférence quasi générale.