L’impérialisme aujourd’hui

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Vers la barbarie ou vers la révolution

Le monde actuel est dessiné par la gestion de la crise capitaliste par les groupes impérialistes dominants. Les bourgeoisies impérialistes américaine et européenne sont toujours les forces qui dictent et imposent leur volonté au reste du monde. Les classes dirigeantes des « BRICS » (Brésil-Russie-Chine-Afrique du Sud) leur sont subordonnées car fondamentalement elles sont incapables de proposer une alternative à leur système de domination. Au contraire, elles dépendent entièrement du système financier et politique dirigé par les impérialistes européens et américains [1].

En France, et dans nombre de pays impérialistes, la destruction des conquêtes sociales s’accompagne d’une mobilisation réactionnaire des masses qui oppose les masses populaires entre elles. Les conceptions fascistes progressent dans toute l’Europe. La bourgeoisie désigne la partie des populations issue des semi-colonies  comme un « problème » qu’il faut traiter de façon « sécuritaire ».

Les guerres impérialistes qui ravagent le monde sont présentées selon un catéchisme stupide comme celles de « l’Empire du Bien ». Un terrorisme moral somme quiconque de se positionner pour le capitalisme des impérialistes, pour l’ordre mondial, pour les guerres de l’OTAN ou de ses coalitions. Après avoir bombardé et démanteler la Yougoslavie puis l’Irak, les impérialistes dominants prétendent lutter contre la « barbarie islamique » qu’ils alimentent dans une trentaine de semi-colonies. Ils prétendent aussi se battre pour les « démocrates ukrainiens » contre le concurrent russe qu’ils assomment de sanctions et de menaces. En fait, la morale et les idéaux démocratiques n’ont rien à voir avec ce qu’il faut mettre à jour : la défense bien matérielle des intérêts des classes dominantes des centres impérialistes.

D’autre part, des révoltes ont éclaté aux quatre coins du monde depuis 2011 mais le spectre de la révolution est loin de se matérialiser. A l’exception des glorieuses guerres populaires menées en Inde ou aux Philippines, les soulèvements populaires n’ont pas pour motif de se débarrasser du capitalisme. Partout, les  masses populaires veulent changer un monde de plus en plus inhumain mais les révolutionnaires sont encore faibles et ils ne savent pas quel nouveau monde construire et comment diriger la colère des masses populaires vers de nouvelles révolutions socialistes.

Nous vivons une période intermédiaire telle que la décrivait Gramsci : « L’ancien monde est en train de mourir, un nouveau monde est en train de naître, mais dans cette période intermédiaire, des monstres peuvent apparaître. »

Il y a 100 ans, en 1914, la bourgeoisie impérialiste précipitait le monde dans la Première Guerre Mondiale. La réponse révolutionnaire se nommait alors le léninisme. La Révolution soviétique a alors ouvert la voie aux premières révolutions socialistes et aux libérations des peuples colonisés comme l’avait bien compris le révolutionnaire vietnamien Hô Chi Minh. 100 ans après, toutes les contradictions du monde sous domination capitaliste se sont à nouveau aiguisés. Le capitalisme n’a plus qu’à promettre aux peuples des guerres de brigandage et des mobilisations réactionnaires de type fascistes.  Le développement pacifique de la crise est terminé.  Le principe révolutionnaire est à nouveau le suivant : soit la révolution empêche la guerre, soit la guerre conduit à la révolution,.

Aujourd’hui, le monde se dirige à nouveau vers le chaos, vers les guerres de grande ampleur. Mais quelle est à l’heure actuelle la réponse révolutionnaire ? Où et comment va se relever le drapeau rouge après la vague de guerres populaires marquées par les apports du Parti Communiste du Pérou du Président Gonzalo ?

Il existe une seule alternative à l’impérialisme : la révolution socialiste

Le monde actuel est dirigé intégralement par les impérialistes. Les valeurs et les règles marchandes du capitalisme règlent toute la vie sociale sur toute la planète. Cette hégémonie est sans partage. Elle est universelle. Elle apparaît comme imparable. There is no alternative est la maxime ultime de notre époque. Pourtant, nul ne peut dire qu’il s’agit du meilleur des mondes. La vulgate capitaliste affirme simplement que toute autre société serait pire. D’ailleurs les défenseurs du système bourgeois n’ont plus d’illusions à vendre, ils n’ont à la bouche qu’un discours menaçant. Ils ne promettent plus la paix, la démocratie et la prospérité comme en 1989, date de l’officielle et prétendue « chute du communisme ». Ils ne promettent plus un meilleur sort à l’humanité. Mais, par contre, ils promettent le pire chaos si des peuples cherchent une alternative quelconque à leur domination. Ils promettent une pure et simple destruction préventive à tous les récalcitrants au nom de la « guerre contre le terrorisme ». Bref, les dirigeants de la bourgeoisie impérialiste sont sur la défensive idéologique. La démocratie capitaliste ne peut se présenter comme séduisante que si on la compare aux pires régimes de théocraties féodales. Et encore, ce contraste de propagande fonctionne de moins en moins. En même temps, la bourgeoisie impérialiste doit faire face depuis 2008 au moins aux soulèvements et révoltes incessantes qu’elle doit contenir comme elle doit régler le problème stratégique du contrôle des ressources et de leur répartition.  Bref, elle enclenche l’offensive militaire et sécuritaire sur toute la planète.  La bourgeoisie impérialiste n’a rien à offrir aux peuples mais elle peut être à l’offensive tant qu’il n’existe pas de fort mouvement révolutionnaire mondial.

Notre principale tâche : reconstruire un mouvement communiste en France

Cette situation de crise politique, d’instabilité généralisée, d’une part et de faiblesse immédiate des forces révolutionnaires d’autre part, sont les deux facteurs principaux de notre actualité. Cette situation permet aux forces révolutionnaires de grandir mais aussi à tous les charlatanismes politiques de se présenter comme « antisystème » et « révolutionnaires ». Partout, fleurissent les conceptions « radicales » qui mènent finalement à l’impuissance et/ou à la mobilisation réactionnaire des masses. Les forces révolutionnaires doivent donc se constituer, grandir et diriger des mouvements des masses populaires dans cette situation d’instabilité. La seule issue est celle de la reconstruction des forces révolutionnaires, c’est-à-dire la reconstruction du mouvement communiste. Or, nous sommes dans un pays impérialiste et nous savons que la question qui nous est posée est celle de la révolution dans une métropole impérialiste. C’est le seul type de pays qui n’a pas connu de révolution prolétarienne au XXème siècle. Il faut donc étudier les raisons qui ont fait que la rupture avec le système financier mondial n’a pas eu lieu dans ce type de pays et comment cette rupture est non seulement souhaitable mais qu’elle est aussi possible. Cette attention au pays impérialiste dans lequel nous vivons n’annule pas la nécessité d’être attentif à ce que l’impérialisme produit dans le monde.

La « guerre contre le terrorisme » est à la fois une guerre contre les peuples opprimés et une guerre larvée entre impérialistes.

Les chefs de l’impérialisme, Obama, Cameron, Hollande, Merkel, ont prétendu « sauver les peuples » en mettant sur pied une coalition contre l’Etat islamique qui est né sur les décombres de la destruction de l’Irak et de la Syrie. Eux et leurs alliés de Turquie et des pétro-monarchies ont rendu possible l’existence de ce groupe en le finançant et en l’armant mais ils ont opéré un revirement à 180° depuis que ce groupe a menacé les puits de pétrole du Kurdistan. La destruction des nations est toujours à l’ordre du jour : en Palestine occupée, en Syrie, en Libye, en Somalie, au Yémen, en Ukraine. Le but des impérialistes n’a jamais été de sauver les peuples. Pourquoi depuis 1990 le Proche et Moyen-Orient concentre l’essentiel des efforts de guerre menées par les groupes impérialistes ? Il s’agit d’un conflit entre impérialismes. Ceux qui se partagent le butin sont aussi en concurrence pour ce partage. Les principaux pays impérialistes n’arrivent pas à valoriser leur capital sans éliminer d’autres pays. Les pays du Proche et Moyen-Orient sont ceux où cette concurrence dans la domination a lieu ouvertement. De plus, depuis 2011, après l’onde de choc du soulèvement tunisien, les impérialistes et leurs relais locaux ont surfé sur le mécontentement populaire pour armer, former et tourner les masses populaires vers des guerres civiles réactionnaires et confessionnelles, transformant les aspirations du « Printemps arabe » en océan de sang. Mais le théâtre d’opérations est mondial. Détruire des pays pour créer des zones d’influence et créer de meilleures conditions de valorisation du capital est le point commun des guerres de Syrie, d’Ukraine ou de Centrafrique. La guerre générale est le moteur du monde actuel.

Un monde unique façonné matériellement et mentalement par le capitalisme

Le monde bourgeois a réalisé ce que décrivait Marx et Engels  dans le Manifeste du Parti Communiste publié en 1848 : il a unifié les peuples et les régions dans un système unique et il a crée un système productif et des conditions avec lesquelles il est possible de répondre aux besoins matériels et moraux de tous les êtres humains. Le capitalisme a créé une des situations les plus absurdes dans l’histoire de l’humanité. Etre capable de produire de l’abondance dans une logique qui a comme condition la misère de la majorité.  On peut régler matériellement la plupart des problèmes de l’humanité. La faim, la soif et les épidémies ne peuvent plus être perçues comme des punitions divines contre lesquelles on ne peut rien. La seule chose qui empêche le développement réel de l’humanité est le système capitaliste lui-même. Le système capitaliste se fonde sur l’opposition des intérêts des uns et des autres. Il fait de cette struggle for life une valeur exemplaire d’affirmation de la liberté humaine. Sa domination est aussi idéologique car le capitalisme façonne les esprits et propage spontanément ou non une conception du monde dans laquelle mes intérêts, ceux de mon groupe, ceux de mon pays ou de mon regroupement de pays s’oppose aux intérêts des autres pays. Si seul le socialisme est une alternative à cet état de fait, la conception du monde du socialisme n’est pas spontanée. Elle ne vient pas directement de ce qui est et des rapports sociaux habituels mais elle vient de ce qui se développe, de ce qui est en puissance dans notre vie actuelle. Elle vient des expériences révolutionnaires depuis 1848 et du potentiel que recèle la situation présente.

Les émeutes et révoltes n’engendrent pas spontanément des révolutions

La transformation révolutionnaire de la société ne vient pas spontanément comme le montre le bilan des soulèvements depuis dix ans. Tous les soulèvements ou insurrections populaires ne débouchent pas sur des lendemains révolutionnaires. Tout ce qui bouge n’est pas rouge. Toutes les expériences des révoltes des dernières années sont là pour nous le rappeler. Les révoltes ont d’abord été des expressions de rejets absolus du système en place. Les Piqueteros argentins de 2001 et 2003 (et leur Que se van todos ! Qu’ils s’en aillent tous !) les rebelles de Oaxaca au Mexique en 2006 qui refusent la démocratie formelle officielle, Les insurgés grecs de la place Syntagme en 2008 contre le Parlement, les Indignés des places espagnoles comme celle de Puerta del Sol en 2011, les étudiants chiliens en 2011, les étudiants anglais et les émeutiers de 2011 suite à la mort de Mark Dunggan, tué par la police, le mouvement Occupy Wall Street en septembre 2011, et tous les mouvements des pays arabes commencés en Tunisie en 2011 pour chasser du pouvoir les tyrans autrefois choyés par la Communauté Internationale des Impérialistes. Toutes ces révoltes ont montré que selon la phrase de Mao « seul le peuple est le créateur de l’histoire universelle ».

Pas de révolution sans théorie révolutionnaire

L’échec de ces révoltes à déboucher sur une perspective révolutionnaire réelle a aussi montré que la déstabilisation ou la vacance du pouvoir en place ne suffisait pas à changer les rapports sociaux d’une société. Le cas de la Grèce est clair. Les prises de places dans les villes et le combat même victorieux avec la police ne signifient pas la destitution d’un pouvoir inféodé au capitalisme financier et à la Troïka. Ni la création de coopératives ouvrières, d’associations d’entraide, de conseils de quartiers, etc. , n’empêchent la concentration du pouvoir économique et politique. L’armée, les grandes entreprises, les banques ne sont pas expropriées par des revendications de « démocratie directe » et par des émeutes. Sans renversement du pouvoir et sans nouveau pouvoir révolutionnaire, la « révolution » est un grand carnaval, une expérience existentielle grisante puis décevante. Les masses populaires ont besoin du communisme mais le communisme implique un haut niveau d’organisation et de conscience. Le système capitaliste par sa nature exclut les masses populaires des responsabilités. Tous ceux qui s’extasient, dans les rangs de l’intellitgenstia radicale française, de Badiou au Comité Invisible, sur le fait que les masses populaires sachent prendre en main des lieux occupés, s’occuper d’elles-mêmes, et qui y voient la source vive et directe de l’alternative, renoncent en fait à l’idée de transformation révolutionnaire des masses. Le médicament révolutionnaire est amer et indigeste, il réclame beaucoup d’efforts, de sacrifices. Il réclame que se constitue à travers mille expériences, une conception communiste du monde. Or cette conception ne part pas de désirs libertaires ou du souci élémentaire d’égalité. C’est un projet construit et élaboré dont le but est la société sans classes. Pour mener à bien une révolution, il y a une condition indépassable : il faut s’assimiler le marxisme et son histoire.

Pas d’anti-impérialisme sans anti-capitalisme

La fin des expériences socialistes du XXème siècle, l’effondrement de l’URSS ou le retour du capitalisme en Chine, nous laisse dans un monde chaotique. Mais c’est aussi la confusion dans les têtes. La plupart des courants « radicaux » anticapitalistes ont jeté aux oubliettes la possibilité même du socialisme, sans parler de la phobie des « radicaux » des pays impérialistes dès qu’il est question d’un Parti de la révolution. Ce sont les différentes variantes de la pensée « subversive » de la bourgeoisie de gauche qui dominent les expressions de contestation sociale. Non pas le trotskisme qui a toujours été le contrepoids dans la petite-bourgeoisie de gauche des Partis Communistes et dont le rôle historique a disparu avec la dégénérescence des anciens Partis Communistes. Mais plutôt les courants ultra-démocratiques et libertaires qui se sont exprimés dans chacun des soulèvements des dernières années dans les pays impérialistes.

La domination de la bourgeoisie impérialiste et la crise générale du capitalisme conditionnent la situation actuelle. Ce qui manque le plus cruellement aujourd’hui c’est une conception commune de la révolution. Or, le marxisme d’aujourd’hui, le Marxisme-Léninisme-Maoïsme, est la seule science de la transformation des sociétés fondée sur les révolutions du XXème et sur l’analyse du cours actuel des choses. Il a comme point de départ l’expérience de la transformation des sociétés car le marxisme est né suite aux bouleversements que la bourgeoisie a apportés en renversant le vieux monde féodal. Finalement le programme du marxisme aujourd’hui peut se résumer en deux points : révolutions socialistes dans les pays impérialistes et révolution de nouvelles démocraties dans les semi-colonies de l’impérialisme. On peut jauger tous les mouvements actuels à l’aune de ces deux objectifs. Les renforcent t-ils ou les affaiblissent-ils ? Nous ne devons promouvoir, soutenir, développer et participer que les luttes qui renforcent un de ces deux objectifs.

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[1] C’est ce qu’ « oublient » plus ou moins consciemment tous les partisans d’un « monde multipolaire » qui soutiennent que les revendications des BRICS et la défense de leurs intérêts opposés à ceux impérialistes dominants est la meilleure expression actuelle de l’anti-impérialisme. Une telle position « émergente » revient à défendre un monde qui reste entièrement façonné par la bourgeoisie.