Non à la 3ème guerre du golfe ! Les impérialistes sont la source du problème et non la solution.

US dji

Le 19 août 2014, l’américain James Foley est enlevé et décapité en Syrie par des membres de l’Etat islamique (DAESH). Une nouvelle intervention « antiterroriste » est engagée par les forces US puis rejointe par le gouvernement Hollande.  En représailles, en Algérie, le 24 septembre 2014 d’anciens combattants d’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) qui ont porté allégeance à l’Etat islamique, exécutent un randonneur français. Les images violentes diffusées ont marqué les esprits.

Mais pour autant qui peut croire que les bombardements des forces américaines, françaises anglaises… sont une solution pour les peuples ? Pourquoi cette intervention maintenant ?  Qui peut croire que nos dirigeants  politiques interviennent le cœur à la main et les larmes aux yeux ?

Rappelons-nous : il y a plus d’un an déjà, un chef djihadiste de la « rébellion Syrienne » arrachait le cœur d’un soldat de l’armée syrienne. Pourtant, c’était bien la France, les Etats-Unis, la Grande Bretagne qui finançaient et armaient via la Turquie et les pays du golfe, ces groupes djihadistes. Le but était alors de combattre le régime de Bashar Al Assad.

 En fait depuis toujours, le développement du « terrorisme islamiste » est une conséquence des ingérences impérialistes et des guerres de rapines qu’elles sèment à travers le monde. C’est un outil à géométrie variable pour gérer la crise du capitalisme en exportant la guerre et pour quadriller les peuples.

Comment peut-on expliquer ces nombreuses interventions de l’impérialisme ?

On se retrouve dans une situation assez proche de l’Afghanistan de 2001.

Après avoir soutenu les « combattants de la liberté » de l’Islam radical contre l’occupation par les troupes de l’URSS de Brejnev dans les années 1980, après avoir ravagé le pays et laissé l’Afghanistan à la merci des pires « fous de Dieu » sectaires, les principaux Etats impérialistes se sont ensuite présentés comme les sauveurs du peuple afghan en envahissant le pays (suite aux attentats du 11 septembre 2001).

En fait, cette « guerre contre le terrorisme » s’est ensuite généralisée en guerre contre tous les Etats qui refusaient de s’aligner sur les puissances occidentales. L’Irak, La  Libye, La Syrie, L’Iran, ont été présentés comme les pires régimes de terreurs [1].

Ainsi en Irak en 2003, l’armée US envahit l’Irak jusqu’à la chute et l’exécution de Saddam Hussein. Cette guerre d’occupation déclamée par les occupants comme une victoire de la démocratie a laissé place à une  partition du pays et à son déchirement entre minorités religieuses. Combien de morts à ce jour?

En 2011, en Libye, une nouvelle guerre est déclarée : guerre dans laquelle le soutien de la France aux djihadistes libyens contre le régime de Kadhafi est complètement assumée.  Le lynchage de Kadhafi est à l’époque applaudi par ces mêmes démocrates.

Ces mêmes djihadistes libyens se déplacèrent jusqu’au Sahel entrainant la soumission du nord Mali jusqu’à l’intervention de la France. Pour défendre ses intérêts, l’ancienne puissance coloniale put ainsi repositionner son armée dans un pays qu’elle avait dû quitter depuis son indépendance formelle.

Enfin, ces mêmes djihadistes devinrent en partie les instructeurs des rebelles syriens puis irakiens…

 Rappelons l’essentiel: chaque intervention impérialiste a permis le renforcement de ces groupes. La « guerre contre le terrorisme » a échoué depuis l’Afghanistan.

Dans les déclarations officielles : les impérialistes proclament la lutte contre l’obscurantisme, le terrorisme,  pour la civilisation et la démocratie. Tout du moins, c’est leur profession de foi. Car dans la réalité, le quotidien  dans ces pays dits « libérés » : c’est le chaos, la division sectaire, la haine, les morts. Les talibans courent toujours et les forces de l’islam radical agissent désormais sur des territoires bien plus vastes. Les guerres contre le terrorisme, contre le djihadisme n’ont jamais été menées contre les puissances régionales (les pétromonarchies du golfe en tête) qui financent ces groupes locaux.

Libye, Syrie, Irak: Quand l’impérialisme attise le feu !

Depuis le « Printemps arabe », les groupes djihadistes idéologiquement proches d’Al Qaïda ont régulièrement été reconsidérés comme des « modérés », opposés aux tyrans locaux quand les intérêts impérialistes l’exigeaient. C’est-à-dire, quand ils pouvaient permettre de faire tomber des régimes en place et de mettre au pouvoir des gouvernements qui ouvriraient de nouveaux marchés (pétrole notamment) [2]. Seuls ceux qui étaient considérés comme le « noyau dur » des djihadistes étaient visés par des opérations militaires dites ciblées (drones, attentats, etc.), les autres groupes ont été armés par le conflit syrien et libyen via par exemple la « Brigade Yarmouk » en Jordanie prétendue modérée. En fait, depuis des années, les mots: Al Qaïda ou « terrorisme » sont des termes utiles pour propager la peur et justifier des guerres.

La guerre contre le terrorisme est un étendard de la bourgeoisie (comme le prétendu « choc des civilisations ») pour servir les intérêts impérialistes et obtenir l’approbation populaire pour la guerre. Depuis 3 ans, la bourgeoisie impérialiste à minimisé ou caché la nature de ce qui existait sous l’étiquette de « rébellion syrienne » pour tenter de faire tomber le régime Al Assad (allié économique de la Chine et de la Russie). Il était pourtant clair que depuis 3 ans, ce n’était pas des ingénieurs et des « cadres » pro-occidentaux de l’Opposition libre à Bachar Al Assad qui dirigeaient sur le terrain les combattants de l’armée syrienne libre et qui contrôlaient des régions entières… En fait les impérialistes ont d’abord soutenu  l’Etat islamique en Syrie contre le régime de Bachar. En même temps, ils dénonçaient les agissements du même EI en  Irak. En s’appuyant sur cette contradiction, l’Etat islamique a pu se renforcer.

Aujourd’hui les impérialistes n’interviennent pas pour sauver les Yézidis et pour soutenir les Kurdes progressistes d’Irak ou de Turquie (qui subissent répressions et assassinats depuis des années). Cet EI est l’enfant des turpitudes impérialistes dans la région. Enfant bâtard qui leur échappe et qui a pris possession des gisements, de ressources gazières et des barrages. Ces richesses qui étaient aux mains des géants américains depuis le démantèlement de l’Irak en 2003.

Aujourd’hui, les Etats impérialistes s’indignent des agissements de l’EI. Pourquoi l’indignation face à ces crimes ne s’est manifestée publiquement qu’à la mort de James Foley? Pourquoi les morts causés par les bombardements de civils pendant plus de 10 ans de guerre contre le terrorisme n’ont-ils pas indigné les politiques et les médias? Pourquoi l’armement de ces islamistes en Syrie ainsi que leurs nombreuses exactions contre la population syrienne n’ont-ils choqué personne?

L’indignation est tout à fait légitime car elle est la manifestation même de notre humanité. Comment rester insensible  devant des actes atroces, filmés et mis en scène. Mais notre indignation ne peut être sélective. La vie d’un journaliste occidental vaut autant que la vie de ces milliers de victimes des interventions militaires de la France et des Etats-Unis.  La manipulation des haines et  la propagation des peurs font partie des stratégies de ces états impérialistes. Une vieille méthode utilisée de trop nombreuses fois.

Aussi, nous devons combattre l’idée véhiculée par notre propre Etat impérialiste qui consiste à construire l’image d’une opposition entre un « monde civilisé » et un « monde de la barbarie ». Un monde où barbares barbus armés de sabres et assoiffés de sang, se développerait. Des barbares qui ravageraient tout sur leur passage et créeraient le chaos. Face à ce monde : un autre celui de la civilisation, du progrès et de la démocratie. Cette image vieillie est tronquée. C’est une vieille recette qui a permis aux états capitalistes de coloniser et une nouvelle fois reproposée, dont le but est de légitimer ces nouvelles guerres.   Elle est retravaillée par ces dirigeants et un certain nombre de médias afin de justifier les guerres, afin de satisfaire les besoins du capitalisme en crise et de sa perpétuelle nécessité de conquérir de nouveaux marchés par la guerre.

Des massacres impérialistes au nom de la lutte antiterroriste.

L’intervention peut être légitimée pour  différents prétextes : comme la « présence d’arme de destruction  massive » en Irak ou la barbarie de Kadhafi contre son peuple, etc. Des guerres dont l’histoire a prouvé qu’elles ne mènent qu’aux démembrements de nations entières comme en Irak, en Libye puis en Syrie et qu’elles ne laissent place qu’à des crimes fratricides entre minorités religieuses.

 Les exactions des armées d’occupation comme le viol et le meurtre de la jeune irakienne de 14 ans nommée Abeer par un soldat du « monde libre » ne sont pas moins odieuses que les décapitations horrifiques de l’EI. L’horreur n’a pas de frontière.

C’est un fait reconnu : les crimes de masse, les exactions et humiliations  commis par l’armée d’occupation américaine en Irak qui ont été médiatisés depuis les révélations de Wikileaks, ont renforcé la présence, le recrutement et le développement de  ces groupes djihadistes sectaires.

Enfin, la mise en place et le soutien de régimes qui s’appuient sur une partie ethnique ou religieuse de leur population pour se maintenir au pouvoir (comme celui de l’Irak à dominante chiite qui a systématiquement marginalisé les sunnites) sont également des constantes coloniales qui ont régulièrement mené les peuples à s’entredéchirer. Pour le cas de l’Irak, tout cela a contribué à développer le terreau fertile du fanatisme et permis aux djihadistes de se présenter temporairement comme des sauveurs auprès des sunnites.

Les islamistes sont bel et bien des forces féodales avec des conceptions rétrogrades qui consistent à imposer la charia, à persécuter les minorités, à soumettre les femmes et à mener la guerre sainte contre d’autres tendances de l’Islam, notamment les chiites considérés comme des hérétiques dignes d’un seul sort: la mort. Mais ils sont avant tout les pantins utiles de l’impérialisme. Ils sont le prétexte rêvé pour que les puissances puissent réinstaller des bases militaires, soumettre les peuples et réduire ici nos libertés… En fait, le financement et l’idéologie de tous ces groupes proviennent des alliés des Occidentaux dans le Golfe. Les prédicateurs du Golfe continuent à alimenter la guerre sectaire par tous les moyens possibles. Sans viser les promoteurs et les pourvoyeurs de fonds du djihadisme que sont l’Arabie Saoudite et le Pakistan, la guerre contre le terrorisme est une mise en scène macabre. Sans stopper les interventions occidentales à répétition et le soutien des djihadistes comme en Libye ou en Syrie, le terrorisme local continuera à prospérer.

Gérer la crise du capitalisme à l’extérieur et à l’intérieur.

Notre époque est celle de la seconde crise générale du capitalisme, cela signifie que les capitalistes ne peuvent plus générer autant de bénéfices dans la production déjà existante. D’un côté, ils sont contraints de réduire les coûts de production en détruisant les forces productives, en délocalisant ou en fermant des usines, en détruisant nos droits par l’austérité et le démantèlement des acquis sociaux. De l’autre côté, ils cherchent à se repartager le monde et se battent (directement ou indirectement) pour que les marchés leur reviennent comme c’est le cas actuellement en Ukraine ou en Syrie face à la Russie. La guerre qui génère la destruction de nations entières et le meurtre, permet d’ouvrir de nouveaux marchés et de relancer la production (pour la reconstruction du pays, l’exploitation des richesses, par la vente d’armes, etc.). Par-dessus tout, ces guerres peuvent mener à un nouvel  affrontement mondial entre les grandes puissances impérialistes concurrentes et leurs alliés réciproques.

La rhétorique de la « guerre contre le terrorisme » permet également de répondre à un autre impératif: Gérer la crise à l’intérieur des pays impérialistes. . . La « menace terroriste » accrue par les interventions, permet d’instaurer de nombreuses lois de surveillance. Lois qui renforcent l’état de la contre révolution préventive qui a éclos  avec le passage du capitalisme pré -monopoliste au capitalisme des monopoles c’est à dire l’impérialisme. Les nouvelles lois anti terroristes permettent d’arrêter quiconque suspecté de rejoindre ou de soutenir un « mouvement terroriste » (c’est à dire avant même qu’un acte soit commis et il pourrait s’agir, entre autre, d’un soutien à la résistance Palestinienne). C’est un nouveau tournant dans l’arsenal répressif dont dispose les Etats impérialistes. Ce genre de lois « extra judiciaires » pour les terroristes tout comme le droit de prélever l’ADN ou bien la rétention de sureté [3] (qui était à l’origine censée s’appliquer uniquement aux pédophiles) pourront en définitive, s’appliquer à quiconque suspecté de menacer l’ordre établi… L’affaire des « terroristes » de Tarnac en est un bon exemple.

la guerre contre le terrorisme permet, aussi, aux impérialistes d’agiter comme un hochet le spectre de l’ennemi intérieur ( cf. le musulman) afin de diviser le Peuple et de légitimer les restrictions des libertés publiques qui ont été réduites en peau de chagrin depuis l’aggravation de la seconde crise générale du capitalisme. Le capitalisme peut ainsi continuer à gérer sa crise en détruisant nos droits à l’intérieur et en semant la guerre à l’extérieur.

Aujourd’hui, la France dirigée par Hollande et Valls, fidèle à la longue tradition socialiste belliciste est l’une des nations les plus interventionnistes du monde: au Mali, en Centrafrique, en Irak… Nous devons refuser chacune de ces guerres, nous devons soutenir les peuples qui luttent pour une alternative à la barbarie capitaliste et contre les forces rétrogrades.

Seule une alternative radicale au système de production capitaliste intrinsèquement opposé aux intérêts des masses populaires, permettra d’éviter une nouvelle guerre mondiale. Notre période est aussi objectivement celle de la reconstruction des forces révolutionnaires. Apportons notre pierre à l’édifice.

Non aux interventions militaires de la France impérialiste !

Contre le capitalisme et les guerres impérialistes !

Vive la lutte des peuples contre l’impérialisme et ses valets!


 

Comité anti-impérialiste, Octobre 2014

[1] Nous ne remettons pas en cause ici les nombreux crimes de ces régimes réactionnaires, mais la tendance systématique de nos dirigeants à les combattre uniquement quand cela rejoint leurs intérêts économiques. Les régimes fascistes du golfe, de Turquie et bon nombre de régimes connus pour leurs exactions ne subissent pas le même traitement politique et médiatique.